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Tannhäuser à Monte Carlo

Nicolas Crapanne

 
dimanche 26 février 2017
"Le charme désuet mais - presque -séducteur des productions à l'ancienne" ("Tannhäuser" - Opéra de Monte-Carlo hier soir)
Enfin un "Tannhäuser" qui fait parler de lui ! Et qui fait - et fera sans doute encore - couler beaucoup d'encre...
Même si la plupart des spectateurs - dont moi-même - sort tellement désemparé de cette production... qu'il ne sait pas trop quoi dire !
Enfin la version parisienne et en français ... et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit - après vérification sur la partition d'époque - effectivement des mêmes vers composés par Wagner lui-même et son acolyte Charles Nuitter pour la création parisienne de 1861 au Théâtre de l'opéra de Paris. Cette écoute s'avère - toujours selon moi - absolument INDISPENSABLE pour tout wagnérien en quête d'"explication" et de compréhension sur les origines et le chemin parcouru par le futur compositeur de "Parsifal" depuis ses débuts parisiens. Car si Wagner a voulu se faire connaître au grand public "international" de l'époque, c'est bien auparavant, lors de son premier voyage (infructueux) à Paris en 1841-42. Et c'est là où l'on entend vraiment dans cette re-creation de l'Opera de Monte-Carlo parfois du Halevy, du Meyerbeer, du grand Donizetti (celui de "La Favorite).... voire du Gounod... et déjà du ... Massenet !
Si tel est le parti pris que celui d'une re-création fidèle à l'identique, on ne peut qu'être surexcités et impatients à l'avance comme l'étaient tous les wagnériens des différents Cercles Richard Wagner présents dans la salle hier. Et cela commence plutôt bien puisque l'on entend l'Ouverture "de Paris" ("fermée" après re-exposition du chœur des pèlerins) et non celle de Vienne (enchaînée directement avec directement avec la musique du Venusberg) que l'on a l'habitude de nous faire passer pour celle de.... Paris justement ! Hélas. Hélas, si tel est le parti-pris de nous replonger dans la musique de celle qu'on entendue nos grand-parents (enfin les miens !!) au Palais Garnier avant et dans l'immédiate après-guerre, pourquoi autant de coupures par la suite (duo acte I avec Venus, hélas tronqué), re-coupures cette fois trop importantes dans le deuxième acte (encore moins de musique que dans la version de Dresde, la on s'y perd et l'on ne comprend plus rien dans lesdits "parti-pris" - le final du II ne ressemble plus à aucun de nos repères).... alors que le prélude du troisième acte (avec son sublime solo de hautbois) est donné ... dans son intégralité .... Curieux mélange, parfois incompréhensible, .... mais hélas jamais suffisamment satisfaisant pour nous "faire décoller" et pour que la magie opère pleinement. Quelle déception d'avoir été si près du Graal sans avoir pu atteindre celui-ci totalement.
Surtout que le plateau vocal se révèle étonnant. Dominé par un José Cura ... tres attendu au tournant. Tres charismatique, le chanteur a la vaillance extrême imposée par le rôle convainc très largement au premier acte, ainsi que dans la majeure partie. Le troisième acte est hélas totalement bâclé. Une fois de plus, quel regret : l'effort de diction est hélas inexistant et l'on a presque à cœur d'en finir avec le calvaire du ténor et sa damnation éternelle tant celui-ci peine .... à aller retrouver Venus (que dans cette production, il ne retrouvera d'ailleurs pas, puisque c'est Wolfram qu'il envoie à sa place !). Et c'est bien dommage pour le ténor qui nous avait convaincu avec un premier acte plein de bravoure. Là, on regrette vivement un Roberto Alagna qui, avec sa science de la diction du français dont lui seul est le maitre, aurait fait des merveilles (surtout que le rôle est composé "sur mesure" pour cet artiste et ce n'est pas faute de lui avoir déjà dit de tenter l'expérience, mais cela c'est une autre histoire....no comment.)
De même pour Venus, ou Béatrice Uria Monzon avait fait des miracles à Strasbourg et à Paris, et ou la merveilleuse musicienne qu'elle est aurait triomphé dans cette production. L'interprète monégasque - Aude Extremo - pour autant tres engagée scéniquement dans la production ne parvient hélas pas à convaincre totalement et à palier les limites de son instrument vocal.
Au palmarès des lauréats, le Landgrave absolument impérial de Steven Humes (a la diction étonnante pour un américain, une véritable leçon de chant) tout comme le Wolfram "crépusculaire" de Jean-Francois Lapointe qui sonne et chante son role entre le Valentin de "Faust" et Pelleas. Avec une romance à l'étoile presque digne d'un Ernest Blanc... Mention honorable pour l'Elisabeth d'Annemarie Kremer et.... standing ovation très largement méritée.... pour la quasi-révélation de la soirée : le patre d'Anaïs Constant. Bluffant tant la salle s'est révélée unanime à son égard !!!
La direction musicale est étonnante : Nathalie Stutzmann s'impose également comme révélation de la soirée, avec une direction précise - la ou tant de chefs "confirmés" nous ont servi une "omelette wagnérienne brouillée". Des parti-pris de tempi qui parfois n'auraient pas été les miens, mais qui ont le mérite d'exister et d'être défendus avec une véritable connaissance de la direction d'orchestre. Les chœurs ne sont pas en reste, surtout parmi les hommes, d'une diction et d'une justesse imparables (là où curieusement c'est le livret qui "pêche" un peu par sa faiblesse tant il paraît daté.... aussi bien dans le chœur des pèlerins que celui des invités, heureusement la performance des interprètes pallie cette faiblesse)
La production dans l'ensemble se tient et se révèle conforme avec le reste de la soirée : classicisme de bon aloi. Et parfois cela fait du bien à voir. Cela repose. Avec de belles images "un tantinet empruntées" a l'imagerie naïve du Lohengrin de Werner Herzog à Bayreuth (pour l'acte III notamment) ou des clins d'œil à l'art de Wieland Wagner (pour l'acte I surtout avec ces projections sur le dispositif scénique sphérique évoquent une nature impénétrable ou bien les tréfonds de l'âme d'un Tannhauser torturé par ses bouffées d'opium. Hélas, la encore des parti-pris de mise en scène (défendables à certains moments) ne peuvent manquer de faire sourire (hilarité - contenue - dans le public lorsque Wolfram demande à Elisabeth s'il peut la suivre.... alors que celle-ci.... vient de s'ouvrir les veines devant lui !!!! Dommage)
En résumé, une soirée plus qu'intéressante et mémorable a de nombreux aspects qui, hélas, n'aura pas su totalement convaincre les puristes (et ils s'étaient donnés rendez-vous dans la salle hier !) mais qui, au demeurant, aura eu le mérite d'exister. Et de faire entendre parler d'elle....
Et que serait l'art de Richard Wagner s'il cessait de faire se battre les opinions !! C'est là que l'on reconnaît le génie d'un grand - d'un immense compositeur - que de susciter encore et toujours la controverse ... 150 ans après la création de son œuvre !




Catherine Pivot

#1
  re : Tannhäuser à Monte Carlo
lundi 27 février 2017, 14:37
Mise en scéne parfois un peu trop traditionnelle mais bon souvenir d'ensemble pour une wagnérienne débutante.






Dominique Métral Compigne

#2
  re : Tannhäuser à Monte Carlo
lundi 27 février 2017, 15:18
Ce Tannhäuser en français fut pour moi une expérience intéressante.

Je suis entièrement d ' accord avec Nicolas Crapanne quant à son ressenti sur les performances vocales de chacun.
Une mise en scène sympathique , pas dérangeante, pourquoi pas ?

La direction de Nathalie Stutzmann, parfois wagnérienne et parfois simple performance technique.

En conclusion , une excellente soirée instructive mais ma préférence va aux ouvrages de Wagner en allemand..........ce "grand " Richard Wagner de toute façon ne laisse jamais indifférent.

Merci à Bernard de nous avoir organisé ce déplacement .





Jean-Paul Delorme

#3
  re : Tannhäuser à Monte Carlo
lundi 27 février 2017, 17:42
Pour ma part une représentation qui m’a enchanté, nonobstant d’indéniables scories de chant, de dramaturgie, et, ce qui m’a le plus gêné, de texte, scories devant lesquelles pourront gloser les pédants et les grincheux, mais les esprits ouverts et tolérants ne marchanderont pas quant à eux leur félicité.




Pascal Bouteldja

#4
  re : Tannhäuser à Monte Carlo
mardi 28 février 2017, 09:12
Lire également l'avis de Chantal Perrier sur son Blog : La vie wagnérienne




Bernard Bouchut

#5
  re : Tannhäuser à Monte Carlo
mardi 28 février 2017, 09:57
Aller à Monte-Carlo pour moi, c'était découvrir le Tannhauser original.
Le visuel: de magnifiques projections lumineuses, une prairie verdoyante sous 10 cm de neige!! Un Venusberg fade, sans une seule suggestion d'érotisme alors je comprends pourquoi Tannhauser quitte Venus sans difficulté, par contre au 3ème le pauvre Wolfram y est embarqué à son tour... sera-t-il déçu??? et du grand n'importe quoi: Elisabeth qui se suicide !!!
Le chant: Wolfram, le Landgrave, Biterolf et le Pâtre dominent le plateau tant pour leur diction et pour leur timbre de voix. Un grand merci à l'Opéra de M.C d'avoir laissé le sous-titrage en français pour les premiers rôles!!! Pour José Curas il était temps que ça s'arrête, ainsi que les cris de Venus et l'Elisabeth est bien jeune...
L'orchestre: la salle de l'opéra est trop petite pour apprécier la palette sonore d'un orchestre pour donner le souffle wagnérien
En conclusion: j'ai assisté à un spectacle... que je ne le regrette pas et en plus j'étais heureux d'être parmi d'amis wagnériens venus de Toulouse, Marseille, Metz, Lons, Bruxelles, Paris et Lyon bien sûr
Soirée qui restera dans ma mémoire.





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