CHRONIQUE LITTERAIRE par Pascal Bouteldja


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Les Voyageurs de l'Or du Rhin : La réception française de la création munichoise du Rheingold de Richard Wagner à l'été 1869

Auteur : Luc Henri Roger
Parution : juin 2019
Editeur : Books on demand
Nombre de pages : 406
ISBN-10 : 2322102326
ISBN-13 : 978-2322102327
Format : 14,8 x 2,1 x 21 cm
Catégorie : Littérature, wagnérisme, réception, thèmes divers
Intitulé « Les Voyageurs de L’Or du Rhin », l’ouvrage relate au travers de textes de contemporains la création du Rheingold au Hoftheater de Munich dont la première eut lieu le 22 septembre 1869 sous la direction de Franz Wüllner. Cette création, dont on célébrera très bientôt les 150 ans, fut ordonnée par le roi Louis II de Bavière qui avait acquis les droits de la Tétralogie, mais contre la volonté de Richard Wagner, souhaitant une exécution intégrale de la Tétralogie, qui n’assista pas à l’évènement.
Il ne s’agit pas d’un récit – même si une dizaine de pages situe le cadre de cette « première » - mais d’un florilège d’articles de presse, de témoignages, de correspondance ou d’extrait de biographie autour de cet événement. C’est ainsi que l’ouvrage rassemble la plupart des articles de la presse française, surtout parisienne, qui ont abordé cette création.

La première partie récence des textes pour nombre d’entre eux bien connus. Au premier plan, ceux des trois admirateurs français enthousiastes du panthéon wagnérien, à savoir Judith Gautier, Catulle Mendès, son époux et Villiers de l’Isle-Adam, qui pour l’occasion avaient rendu visite à l’été au compositeur retiré dans son idylle suisse de Tribschen. Les textes de Judith, fille de Théophile Gautier, sont des classiques de la littérature wagnérienne. On lira avec beaucoup de plaisir les savoureux articles de Mendès publiés dans le National du 23 juillet au 11 septembre 1869. Débordant peut-être du cadre imparti, Luc Roger reproduit également « L’Epître au Roi de Thuringe », réponse de Mendès au roi Louis II, qui fit saisir la traduction allemande du Roi-vierge. Mais l’Eloge funèbre de Wagner paru dans Gil Blas du 16 février 1883, nous rappele que si Mendès s’éloignera de l’homme Wagner en 1870 – conflit franco-prussien oblige -, il sera toujours enthousiasmé par l’artiste et restera par ses articles et ses ouvrages un grand propagateur du drame wagnérien. La prose de Villiers de L’Isle-Adam est tout aussi passionnante. On y trouve les feuilletons adressés à l’Universel (Exposition universelle des Beaux-Arts Munich et L’Or du Rhin), les lettres échangées, pleine d’enthousiasme et d’exaltation, entre Villiers et Jean Marras, seul témoignage contemporain et fidèle qu’on ait du séjour que Villiers fit chez Wagner à Tribschen, un extrait de la biographie de Villiers par son cousin de Villiers, Robert du Pontavice de Heussey, - texte très peu connu même des amateurs éclairés – qui relate avec quelques erreurs les rencontres supposées entre le compositeur et le poète symboliste.

La compositrice Augusta Holmès surnommée par Willy, « la fiancée du cymbalier » à cause de ses intempérances sonores dans son Ode Triomphale, avait aussi fait le voyage avec son père et ils furent reçus par Wagner. L’article enthousiaste sur la création du Rheingold qu’elle avait fait paraître dans Revue libérale et démocratique de Seine-et-Oise du 19 septembre 1869, vaut qu’on s’y attarde.
En revanche, on ne s’attardera pas ici sur Edouard Schuré dont les textes sont immensément connus et fréquemment réédités. Son article du 9 septembre 1869 paru dans Le Temps n’est pas – comme toujours chez l’Alsacien -un simple dithyrambe en l’honneur de Wagner, mais plutôt bon jugement du prologue du Ring. Ce n’est pas sans raison qu’André Coeuroy le qualifiera de « type très rare du wagnérien clairvoyant et digne ».

On ne peut que féliciter l’auteur d’avoir inséré les lettres de Marie von Mouchanoff-Kalergis, qui fut longtemps l’une des riches mécènes de Wagner, amie de Cosima et habituée de Tribschen. C’est à elle que Wagner dédicacera, début mars 1869, la réédition du tristement fameux Judaïsme dans la musique. Les lettres à sa fille où elle relate au jour le jour les épisode de cette création – écrites en français – n’étaient disponibles que dans l’édition introuvable de Breitkopf & Härtel (1907). Les voilà de nouveau accessibles au plus grand nombre.

Le seconde partie reprend des articles de la presse parisienne, écrits soit par des correspondants locaux, soit par des journalistes connus comme Léon Leroy ou Albert Wolff du Figaro qui s’étaient rendus sur place, mais aussi par d’autres, restés sur Place à Paris, qui se sont fait l’écho de cette création. Luc Roger a également reproduit des textes des journalistes allemands que la presse francophone, belge en particulier, avait jugé digne d’intérêt et susceptible d’intéresser son lectorat.

Une quarantaine de page de notes critiques précieuses complètent fort sérieusement ces textes à la prose parfois datée mais toujours éloquente. On ne peut que féliciter le véritable travail d’archéo-wagnérologie sur les Archives de l’auteur, qui est ainsi est parvenu à faire revivre les textes anciens du wagnérisme français. La Walkyrie étant achevé depuis 1856, le roi Louis II n’aura donc de guère de mal de contrecarrer de nouveau Wagner en créant La Walkyrie le 26 juin 1870. On ne peut qu’attendre de Luc Roger, un nouvel opus aussi intéressant.

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