CHRONIQUE LITTERAIRE par Pascal Bouteldja


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Richard Wagner et sa réception en France, du ressentiment à l'enthousiasme (1883-1893)

Auteur : Michal Piotr Mrozowicki
Parution : 14/12/2016
Editeur : Symétrie
Nombre de pages : 1241
ISBN-10 : 978-2364850491
ISBN-13 : 2364850495
Lieu d'édition : Lyon
Format : 2 volumes
Catégorie : Littérature, wagnérisme, réception, thèmes divers
Notre membre d’honneur, le Pr. Michal Piotr Mrozowicki de l’Université de Gdansk publie la deuxième partie de ses travaux consacrés à l’évolution du wagnérisme français au XIXème siècle.

La première partie, sous-titrée Le musicien de l’avenir (1813-1883), avait été publiée, en Pologne, aux Presses Universitaires de Gdansk, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, en 2013. La narration de ce premier volume s’étant terminée au moment de la mort de Richard Wagner à Venise, le 13 février 1883, la deuxième partie de l’ouvrage présente la réception de l’œuvre du compositeur allemand pendant la décade suivante : du 13 février 1883 au 12 mai 1893 (la première représentation de La Walkyrie au Palais Garnier qui, vingt mois après le succès de Lohengrin sur la même scène, a marqué d’une manière éclatante le début de la « Belle époque wagnérienne » à Paris et en France).
Dans le premier volume, sous-titré « La plume », l’auteur se concentre sur l’évolution du wagnérisme français dans les années 1883-1893, wagnérisme qui a trouvé son expression surtout – mais pas uniquement – dans l’activité de La Revue Wagnérienne. Michal Piotr Mrozowicki présente une analyse approfondie de tous les numéros de La Revue Wagnérienne, cherchant à distinguer notamment les articles servant honnêtement « la cause wagnérienne » et ayant pour objectif la promotion du maître allemand en France de ceux dont l’intention tantôt non avouée, tantôt très explicite, était de promouvoir moins les opéras et les drames musicaux de Wagner que le nouveau courant poétique français, le symbolisme, et son maître Stéphane Mallarmé.
Le premier chapitre, intitulé Les anciens et les néophytes, quelques remarques sur les ouvriers du wagnérisme, est dominé par les analyses de textes publiés par La Revue Wagnérienne, mais il comprend aussi des informations détaillées sur « la vie wagnérienne hors de La Revue Wagnérienne », autrement dit sur les publications wagnériennes d’auteurs qui ne faisaient pas partie de l’équipe d’Edouard Dujardin, notamment d’Edmond van der Straeten, Eugène de Bricqueville, Léonie Bernardini, Eklektik, Edmond Hippeau, Georges Noufflard, Albert Soubies et Charles Malherbe, Henriette Fuchs. Dans ce chapitre, Mrozowicki présente également ses propres analyses de quelques œuvres littéraires de la période 1883-1893, inspirées par Richard Wagner et son œuvre, telles que Lohengrin, nouvelle du recueil posthume de Jules Laforgue, Moralités légendaires, ou La victoire du mari de Joséphin Péladan.
Le deuxième chapitre du premier volume, intitulé Les petits portraits de grands wagnériens se compose de brèves biographies (Mrozowicki les appelle « les petits portraits ») de quelques grandes figures du wagnérisme de l’époque : Edouard Dujardin, Houston Stewart Chamberlain, Teodor de Wyzewa, Louis de Fourcaud, Catulle Mendès, Judith Gautier et les « frères ennemis » Victor Wilder et Alfred Ernst.
Après avoir étudié et montré les mérites de ceux qui œuvraient par la plume, avec plus ou moins de persévérance, dans les années 1883-1893, et parfois bien au-delà de cette période, en faveur du compositeur allemand et de la promotion de son œuvre en France, dans le deuxième volume de la deuxième partie, volume sous-titré « La baguette », Michal Piotr Mrozowicki décrit d’abord (le chapitre Richard Wagner aux concerts parisiens II [1883-1893]) la présence de l’œuvre de Wagner, de plus en plus importante, dans la période prise en considération, aux concerts parisiens, non seulement ceux de Jules Pasdeloup, Charles Lamoureux et Edouard Colonne, mais aussi aux concerts organisés par les enthousiastes de Wagner pour les élus, tels que le célèbre « Petit Bayreuth » dont le spiritus movens, le juge Antoine Lascoux, invitait les plus grands instrumentistes de l’époque et les musiciens-amateurs à exécuter ensemble, sous sa direction, de larges extraits d’œuvres du maître allemand, y compris ceux de Parsifal, interdit, comme on le sait, à l’époque, hors de la Colline Verte. Mrozowicki saisit l’occasion pour présenter aux lecteurs les « petits portraits » de trois principaux chefs d’orchestre qui ont introduit Wagner d’abord dans les salles de concerts, et puis aux théâtres lyriques parisiens (Pasdeloup, encore en 1869, dirigeait Rienzi au Théâtre-Lyrique ; Charles Lamoureux a présenté aux Parisiens Lohengrin, d’abord à l’Éden-Théâtre [le 3 mai 1887], puis au Palais Garnier [la première représentation a eu lieu le 16 septembre 1891] ; Edouard Colonne, quelques semaines avant sa démission, dirigeait la première représentation de La Walkyrie, montée à l’Opéra de Paris le 12 mai 1893).
Le deuxième chapitre du second volume, intitulé « La Bataille de Lohengrin », décrit d’une manière très détaillée, le chemin, long et sinueux, que devaient parcourir les Parisiens, avant d’accepter avec enthousiasme, en 1891, trente ans donc après la chute de Tannhäuser, une œuvre lyrique de Wagner. Mrozowicki, s’appuyant sur de nombreux documents de l’époque – ce qu’il fait d’ailleurs dans toutes les parties de son cycle – présente aux lecteurs de nombreux projets avortés de monter Lohengrin à Paris, notamment celui de Léon Carvalho à l’Opéra-Comique en 1886. Il va de soi que l’auteur consacre beaucoup de place, dans son livre, à la description de la représentation unique de Lohengrin à l’Éden-Théâtre, le 3 mai 1887, en indiquant le contraste frappant entre le succès artistique indéniable du projet de Charles Lamoureux, projet qui était d’ailleurs très bien accueilli par le public à l’intérieur du théâtre, et les réactions hostiles de la rue parisienne, mobilisée par les faux patriotes, qui, par ses manifestations violentes antiallemandes et antiwagnériennes aux alentours du théâtre – quelques jours à peine après l’affaire Schnæbelé, appelée aussi l’incident de Pagny –, ont obligé René Goblet, le président du Conseil des ministres, de demander poliment au célèbre chef d’orchestre de retirer immédiatement l’opéra de l’affiche et d’annuler les neuf représentations de l’œuvre prévues encore en mai 1887.
Mrozowicki, dans le même chapitre, accentue les mérites de la province française dans la promotion de l’œuvre de Wagner en France. Tannhäuser, ce que l’on oublie souvent, cinq ans avant d’être soumis au jugement capricieux des Parisiens, avait été joué à Strasbourg (en juillet 1855). De même, la première française de Lohengrin – chanté en italien – avait lieu à Nice le 21 mars 1881 grâce à l’initiative et au zèle artistique de Sophie Cruvelli, vicomtesse Vigier.
La première représentation de Lohengrin à l’Opéra de Paris, le 16 septembre 1891, quant à elle, avait été précédée par la marche triomphale du chevalier au cygne « dans les départements », pour utiliser l’expression dont s’est servi Georges Servières. Dans le premier semestre de l’année 1891, l’opéra de Wagner a été joué, le plus souvent avec un très grand succès, aux théâtres de Rouen, d’Angers, de Nantes, de Lyon, de Bordeaux, de Toulouse et de Bayonne. Mrozowicki, décrit ces représentations, cite les comptes rendus de la presse régionale et nationale, et souligne un accueil très favorable de l’opéra du compositeur allemand dans toutes ces villes.
Suivant un bon exemple de Rouen, de Lyon ou de Bordeaux, Charles Lamoureux, d’ailleurs lui-même Bordelais, et les co-directeurs de l’Académie Nationale de Musique, Eugène Ritt et Pedro Gailhard, ont décidé, au printemps 1891, de monter Lohengrin à l’Opéra de Paris. La représentation du 16 septembre 1891 et quelques représentations suivantes, ont marqué le triomphe posthume de Richard Wagner à Paris, la ville qui un demi-siècle plus tôt, n’avait pas encore été préparée à accueillir le compositeur étranger et son œuvre révolutionnaire.
La description du triomphe de Lohengrin au Palais Garnier et de ses conséquences occupe la part prépondérante du deuxième volume de la deuxième partie du cycle. L’auteur cite d’innombrables comptes rendus de la presse parisienne. Il décrit également les manifestations et les provocations qui ont accompagné, au début, les représentations de l’opéra mais qui, très vite, ont disparu, faisant place à un grand enthousiasme des Parisiens gagnés, assez tardivement, il est vrai, mais durablement, par l’art du maître de la Colline Verte.
Le triomphe parisien de Wagner, vingt mois plus tard, allait être confirmé par le succès éclatant d’une autre œuvre de ce compositeur. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, Eugène Bertrand se demandait pendant quelques mois quelle œuvre de Wagner il fallait montrer aux Parisiens après Lohengrin : Tannhäuser ? Les Maîtres chanteurs de Nuremberg ? Finalement, ayant consulté d’une part Cosima Wagner et d’autre part les abonnés de l’Opéra, il a choisi La Walkyrie. En attendant La Chevauchée, tel est le titre de l’épilogue de la deuxième partie du cycle, épilogue qui décrit ce qui se passait dans « la vie wagnérienne » en France dans les mois et les semaines précédant la première représentation parisienne (et française) de la première journée de la trilogie L’Anneau du Nibelung, spectacle qui allait marquer le début de la « Belle époque » wagnérienne en France.
Ce remarquable travail de 1200 pages, dédié au Cercle Richard Wagner – Lyon, peut être considéré comme la version définitive, complète et moderne de la réception de Richard Wagner en France. La Belle époque (1893–1914), c’est ainsi que sera sous-titrée la troisième partie du cycle, actuellement en préparation. Un monument indispensable à tous les wagnériens francophones.

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